Tuesday, 2 March 2010

Alerter ou pas la population en cas d'intempérie

Suite aux intempéries du weekend passé en France, j'aimerais réagir aux commentaires que j'ai entendu ces derniers jours: les populations affectées par un danger ou une catastrophe doivent-elles, ou plutôt peuvent-elles être alertés ou pas?
La tempête Xynthia qui a traversé la France dans la nuit du 27 au 28 février 2010, a fait 51 morts et 8 disparus (jusqu’à aujourd’hui). Des polémiques ont rapidement émergé après le drame, dont celle si les populations avaient été suffisamment informées/prévenues avant l’événement.
Premier point, la tempête avait été largement annoncée par Météo France via les médias depuis jeudi. Les pointes de vent attendues n’étaient pas des plus impressionnantes. Néanmoins au plus tard le samedi soir, surtout en Vendée, les équipes de secours du littoral ont dû remarqué que la situation devenaient critique à certains endroits de la côte. A ce moment-là, une information plus appuyée envers les populations directement menacées aurait dû être entreprise. Ces gens ne s’attendaient sûrement pas au pire. Au 21ème siècle, à l’époque de l’information 24 heures sur 24, des téléphones portables, d’internet, il serait peut-être temps de moderniser les méthodes de communication et d’information des citoyens. Mais attention, pas n’importe comment:
Constat 1
Des capteurs divers et variés savent détecter rapidement un problème ou une anomalie et le véhiculer en SECONDES sur des postes de premiers secours. Mais l’alerte ne s’arrête pas là.

Constat 2
Avant d'informer/alerter les populations, un déclenchement doit être validé par au moins un responsable de crise (préfet, maire, chef de corps de pompiers etc). Mais l’alerte ne s’arrête pas là.
Constat 3
La plupart des systèmes mis en place aujourd'hui en France, à part les sirènes, qui ne sont pas très explicites (est-ce que vous évacueriez votre maison si vous entendiez la sirène dans votre hameau ou village?), sont des "automates d'appel", des logiciels permettant uniquement de créer un texte, et de les diffuser massivement via des appels téléphoniques ou des SMS. Pas efficaces, car justement ils ne permettent pas la gestion de bout en bout (détection -> mise en alerte des élus ou préfets --> demande d'autorisation ---> alerte multi-canal des populations: sirènes, email, sms, appels vocaux, radios locales, télé, mises à jour de sites internet, avec envoi de SMS guidant sur ces sites, etc).
De nouveau, les technologies aujourd'hui existent, mais elles ne sont pas utilisées (commentaires de maires: "Trop cher..." "On n'utilisera jamais un tel truc, parce que ça créerait la panique parmi la population..." "On a tout ce qu'il nous faut. Les pompiers interviennent..." "...mais il n'arrive jamais rien ici..." "votre système est inutile, la population est en sécurité ici..." "...la population est assez bien informée, on a notre site web..." “…je ne veux pas d’un tel système, car sinon je serai obligé de l’utiliser (sic)…”. Malheureusement certains deviennent clients APRES une grosse panne ou une catastrophe. La plupart des acteurs sur le terrain oublient souvent qu'en situation de crise, une communication efficace ne se cantonne pas à une sirène ou à l'envoi d'un sms.
On ne peut pas tout sécuriser, par contre on peut mettre en place à coûts raisonnables des systèmes de détection, les lier à des centres d'évaluation qui eux relaieront l'information via tous les médias disponibles.
Au Luxembourg la tempête nous a atteint vers 9 heures du matin: la radio et la télé luxembourgeoise a intimé les habitants à rester chez eux, mais beaucoup n'ont pas eu le réflexe d'allumer la télé ou la radio, et sont partis pour leur jogging matinal ou autre occupation dominicale. Résultat: arbres arrachés, voitures endommagées, personnes blessées. Heureusement il n'y a pas eu de victimes graves cette fois-ci. Au 21ème siècle la communication, surtout en situations de crise, passe par une communication multi-canal, afin d'atteindre un maximum de personnes rapidement si nécessaire, mais en plus il est judicieux de mélanger les médias, afin de les rendre plus efficaces.
Exemple: Envoyer un sms à individu X, en l'invitant à écouter la radio ou consulter un site web pour plus d'infos. Activer les sirènes, et simultanément déclencher un appel vocal sur le téléphone fixe pour intimer les habitants à allumer leur télé, ou évacuer rapidement la maison.
Ces messages sont efficaces, si utilisés de façon rapide et surtout de façon ciblée (pas la peine d’alerter les populations des collines, en cas d’inondation dans la vallée). De plus l'utilisation d'une multitude de médias différents permet d'éviter les pannes de communication lors de coupures de courant ou autre (les radios et téléphones portables peuvent encore fonctionner un certain temps pendant un black-out).

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